Le risque de liquidité des actifs financiers et immobiliers

La liquidité d’un actif, c’est sa capacité à être vendu rapidement sans perte significative. Pourtant, de nombreux investisseurs sous-estiment ce paramètre, jusqu’au jour où ils se retrouvent coincés avec un actif difficile à céder…

Comprendre le risque de liquidité des actifs : une nécessité pour tout investisseur

Dans un monde où l’investissement se démocratise, savoir si un actif est facilement vendable devient aussi crucial que d’en connaître la rentabilité. Car un actif peut paraître rentable sur le papier, mais devenir un piège si vous ne pouvez pas le revendre quand vous en avez besoin. C’est là qu’intervient un concept encore trop souvent ignoré : le risque de liquidité des actifs.

Que vous soyez attiré par la Bourse, l’immobilier ou les placements alternatifs comme les cryptomonnaies ou les œuvres d’art, une même question doit toujours précéder votre décision : pourrai-je revendre facilement mon actif sans y laisser trop de plumes ?

Dans cet article, nous allons explorer ce qu’est réellement ce risque de liquidité, pourquoi il est si important de l’anticiper, comment le mesurer, et quelles classes d’actifs sont les plus exposées. L’objectif est simple : vous donner les clés pour investir de façon plus sereine, avec une vision à la fois réaliste et stratégique.

Qu’est-ce que le risque de liquidité d’un actif ?

Le risque de liquidité désigne la difficulté à revendre un actif rapidement et à un prix proche de sa valeur réelle. Autrement dit, plus un actif est "illiquide", plus il sera difficile à vendre dans un court délai sans décote importante.

Ce risque est particulièrement problématique lors de périodes de tension financière ou de besoin urgent de liquidités. Un actif peut sembler attractif sur le long terme, mais si vous devez le vendre dans une période défavorable (ou simplement si le marché pour cet actif est étroit), vous risquez de devoir le céder à perte.

Pourquoi ce risque est-il souvent négligé ?

Parce que beaucoup d’investisseurs débutants se concentrent uniquement sur le rendement espéré ou la valorisation potentielle de l’actif. Or, un bon investissement ne se limite pas à ses performances futures : sa liquidité peut faire toute la différence entre un placement rentable et une perte sèche.

Comment évaluer la liquidité d’un actif ?

Avant d’investir, il est essentiel de se poser quelques questions simples pour mesurer le risque de liquidité :

1. Existe-t-il un marché secondaire actif ?

Un actif est considéré comme liquide s’il peut être vendu à tout moment sur un marché organisé, avec un grand nombre d’acheteurs. C’est le cas des actions cotées en Bourse ou des obligations d’État.

2. Quel est le volume de transactions sur cet actif ?

Un actif peu échangé peut rester longtemps sur les bras de son propriétaire. Un exemple : une œuvre d’art de niche qui ne trouve acheteur que tous les 5 ou 10 ans.

3. Les prix sont-ils transparents et stables ?

Un marché liquide présente généralement des écarts de prix (appelés "spreads") faibles entre le prix d’achat et le prix de vente. Les marchés opaques, eux, sont souvent synonymes d’illiquidité.

4. Existe-t-il des pénalités ou délais en cas de vente ?

Certains produits comme les SCPI, les contrats d’assurance vie, ou encore certains fonds non cotés, imposent des délais ou frais de sortie significatifs, ce qui accroît leur risque de liquidité.

À noter : la liquidité peut varier dans le temps

Un actif liquide aujourd’hui peut devenir illiquide demain. Les marchés financiers en crise, ou les secteurs immobiliers en surchauffe, peuvent voir leur liquidité s’évaporer du jour au lendemain.

Actifs liquides vs actifs illiquides : quelques exemples concrets

Voici un tableau simplifié pour visualiser où se situe chaque type d’actif en termes de liquidité :

Type d’actif Liquidité Délai moyen de revente Commentaire
Actions cotées (CAC 40, Nasdaq…) Très élevée Quelques secondes Marché électronique actif
Obligations d’État Élevée Moins d’une journée Très recherchées par les investisseurs institutionnels
Immobilier résidentiel Faible 3 à 6 mois (voire plus) Dépend du marché local
SCPI Moyenne à faible 1 à 6 mois Délais et frais de retrait
Startups en private equity Très faible 5 à 10 ans Aucun marché secondaire
Œuvres d’art Très faible Très variable Marché de niche
Cryptomonnaies majeures (ex. Bitcoin) Moyenne à élevée Immédiate (en théorie) Forte volatilité et risques techniques

Exemple récent : les SCPI sous pression en 2024

En 2023-2024, de nombreuses SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) ont vu leurs valorisations chuter, notamment à cause de la hausse des taux d’intérêt. Certains investisseurs souhaitant retirer leurs fonds ont dû attendre plusieurs mois, faute d’acheteurs suffisants. Résultat : une perte temporaire (voire durable) de liquidité.

Autre cas frappant : les actifs immobiliers post-Covid

La pandémie a brusquement fait chuter l’intérêt pour les bureaux en centre-ville. Certains immeubles, pourtant très prisés auparavant, se sont retrouvés sans acheteur pendant plus d’un an. La baisse des prix a alors été inévitable.

Le risque de liquidité dans l’immobilier : un enjeu souvent sous-estimé

L’immobilier, souvent considéré comme un placement "sûr", est pourtant un champion de l’illiquidité.

Pourquoi l’immobilier est-il si peu liquide ?

  • Les transactions sont longues (diagnostics, notaire, financement bancaire…)
  • Le marché dépend fortement de la conjoncture locale et nationale
  • Les biens sont peu homogènes, rendant chaque vente unique et parfois complexe
  • Les périodes de crise (hausse des taux, durcissement du crédit) peuvent paralyser totalement le marché

Zoom sur l'immobilier commercial

L'immobilier de bureau ou de commerce est encore plus exposé. En 2023, la France a enregistré une baisse historique de près de 50 % des transactions en immobilier d'entreprise (source : Knight Frank), preuve d’un assèchement brutal de la liquidité sur ce segment.

Comment gérer le risque de liquidité dans une stratégie d’investissement ?

1. Diversifiez vos actifs

Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Combinez actifs liquides (actions, ETF) et actifs moins liquides (immobilier, private equity) pour équilibrer votre exposition.

2. Évaluez votre horizon de placement

Plus vous pouvez investir sur le long terme, plus vous pouvez supporter une part d’illiquidité. Mais si vous avez besoin de récupérer vos fonds à court terme, privilégiez des actifs facilement cessibles.

3. Constituez une réserve de liquidités

Gardez toujours un “matelas de sécurité” sur des supports liquides comme le livret A, les fonds monétaires ou des obligations à court terme.

4. Anticipez les crises

En période de stress économique, la liquidité se tarit très vite. Les actifs les plus fragiles deviennent alors impossibles à vendre. Soyez particulièrement prudent dans vos arbitrages en période de volatilité.

5. Lisez les conditions de sortie

Avant d’investir dans un produit structuré, un fonds fermé ou une SCPI, informez-vous sur les délais de retrait, les frais et les conditions en cas de marché secondaire peu actif.

Conclusion : investir en connaissance de cause… et ouvrir les yeux sur les opportunités

Le risque de liquidité des actifs est souvent invisible jusqu’à ce qu’il se manifeste. Mais une fois qu’il frappe, il peut avoir des conséquences sérieuses sur votre portefeuille, votre capacité à faire face à des imprévus, ou même votre sérénité d’investisseur.

La bonne nouvelle ? Comprendre ce risque vous donne un avantage stratégique. Cela vous permet non seulement de mieux choisir vos actifs, mais aussi de profiter des opportunités laissées par ceux qui ont mal anticipé.

Par exemple, certains actifs illiquides sont souvent sous-valorisés : ils peuvent représenter une excellente affaire pour les investisseurs patients et bien informés. Ainsi, en comprenant le risque de liquidité des actifs, vous vous armez pour investir avec intelligence, rigueur et pragmatisme.

Si vous souhaitez aller plus loin, pourquoi ne pas analyser la liquidité de vos propres placements ? Un audit rapide peut révéler des déséquilibres que vous ne soupçonniez pas. Car dans l’investissement, la capacité à sortir est souvent aussi importante que celle à entrer.

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