Risque de crédit : comprendre et mesurer ce danger invisible pour mieux investir

Le risque de crédit est omniprésent dans l’univers de la finance, que l’on soit investisseur, banque ou simple particulier. Apprendre à l’identifier et à le mesurer est essentiel pour prendre des décisions éclairées et sécuriser ses placements.

Introduction : Un risque discret aux conséquences majeures

Imaginez prêter de l’argent à un ami qui, au moment de vous rembourser, n’a plus un sou. C’est frustrant, non ? Dans le monde de la finance, ce scénario a un nom bien précis : le risque de crédit. Il s’agit du danger que l’emprunteur – qu’il soit une entreprise, un État ou un particulier – ne rembourse pas sa dette.

Ce risque est central dans la gestion financière des banques, des assureurs, des investisseurs… mais il reste souvent flou pour le grand public. Pourtant, mal évalué, il peut provoquer des pertes financières considérables, comme lors de la crise des subprimes en 2008.

Comprendre le risque de crédit, savoir comment il est mesuré, et connaître les outils pour s’en protéger, permet d’éviter bien des déconvenues, que l’on prête son argent ou que l’on cherche à le faire fructifier.

Qu’est-ce que le risque de crédit ?

Le risque de crédit, aussi appelé risque de défaut, désigne la probabilité qu’un emprunteur ne respecte pas ses engagements financiers, notamment le remboursement du capital emprunté et le paiement des intérêts. Cela peut concerner :

  • un particulier qui ne rembourse plus son crédit immobilier,
  • une entreprise qui fait faillite avant de payer ses créanciers,
  • ou même un État qui suspend le paiement de sa dette souveraine (comme l’Argentine en 2020).

Qui est concerné ?

Tout acteur qui prête de l’argent est exposé à ce risque :

  • Les banques, qui octroient des prêts immobiliers ou des crédits à la consommation,
  • Les investisseurs, qui achètent des obligations d’État ou d’entreprises,
  • Les assureurs, qui garantissent certains crédits,
  • Les entreprises, via les crédits interentreprises (paiement à 30 ou 60 jours par exemple).

Pourquoi ce risque est-il si important ?

Parce qu’il est potentiellement contagieux. Lorsqu’un acteur important fait défaut, cela peut ébranler tout un système financier. La faillite de Lehman Brothers en 2008, par exemple, a déclenché une crise mondiale car de nombreuses institutions étaient liées par des prêts et garanties non remboursés.

Comment mesure-t-on le risque de crédit ?

Le risque de crédit ne se voit pas à l’œil nu. Il se mesure à l’aide d’indicateurs, de notations, et d’outils statistiques utilisés par les professionnels.

1. La notation de crédit

Les agences de notation comme Moody’s, S&P ou Fitch Ratings attribuent une note de crédit aux entreprises, institutions financières et États. Cette note va de AAA (excellente qualité) à D (défaut de paiement). Plus la note est basse, plus le risque est élevé.

📊 Exemple : En 2023, la dette de la France a été notée AA- par S&P Global, indiquant un bon niveau de sécurité, mais légèrement inférieur à celui de pays comme l’Allemagne (AAA).

2. Le spread de crédit

Le spread de crédit est la différence de rendement entre une obligation sans risque (comme celle d’un État solide) et une obligation plus risquée. Plus le spread est élevé, plus le marché perçoit un risque de crédit important.

📉 En période de crise, les spreads s’envolent. Par exemple, en mars 2020, lors de l’éclatement de la pandémie de COVID-19, les spreads des obligations d’entreprises américaines à haut rendement ont doublé.

3. Le taux de défaut

C’est le pourcentage d’emprunteurs qui n’arrivent pas à rembourser. Ce taux est souvent publié par les banques centrales ou les agences de crédit. Il permet d’évaluer le niveau de risque global d’un portefeuille de crédits.

📈 En 2023, le taux de défaut moyen pour les entreprises européennes notées “spéculatives” (junk bonds) était autour de 3,6 %, selon Moody’s.

Les différents types de risque de crédit

Le risque de crédit est un terme générique qui recouvre plusieurs formes de risques.

Risque de défaut

C’est le plus évident : l’emprunteur ne rembourse pas tout ou partie de ce qu’il doit. Il peut s’agir d’un défaut temporaire (retard) ou permanent (faillite).

Risque de migration

Ce risque survient lorsque la note de crédit d’un emprunteur est dégradée par une agence de notation. Cela ne signifie pas qu’il a fait défaut, mais que sa situation financière se détériore.

⚠️ Une baisse de notation fait souvent chuter la valeur des obligations concernées. Cela peut causer des pertes aux investisseurs, même sans défaut de paiement immédiat.

Risque de recouvrement

Même en cas de défaut, il est parfois possible de récupérer une partie de la créance. Mais cette part de récupération varie fortement. Sur certaines obligations d’entreprise en défaut, le taux de recouvrement peut être inférieur à 20 %.

Qui gère le risque de crédit et comment ?

1. Les banques et établissements financiers

Les banques sont très exposées au risque de crédit. Elles doivent donc appliquer des normes strictes, imposées par les régulateurs (Bâle III, Bâle IV), pour éviter les faillites en chaîne. Elles évaluent systématiquement la capacité de remboursement de leurs clients avant d’octroyer un crédit.

2. Les investisseurs

Les gestionnaires d’actifs (comme les fonds obligataires) diversifient leurs portefeuilles pour limiter l’impact d’un défaut. Ils utilisent aussi des outils comme :

  • Les dérivés de crédit (CDS – Credit Default Swaps) : sorte d’assurance contre le défaut,
  • La notation interne et des modèles statistiques pour prédire les risques.

3. Les entreprises

Même une entreprise non financière peut être exposée, via ses clients. Si ceux-ci ne paient pas leurs factures, cela peut créer un problème de trésorerie. C’est pourquoi de nombreuses entreprises utilisent l’assurance-crédit pour couvrir leurs créances commerciales.

Quels sont les outils pour se prémunir contre le risque de crédit ?

Il n’est pas possible d’éliminer complètement le risque crédit, mais plusieurs outils permettent de s’en protéger partiellement.

Diversification

Investir dans plusieurs obligations ou prêter à différents types de clients réduit mécaniquement le risque global. C’est l’approche classique des fonds obligataires.

Assurances et garanties

Les assurances-crédit protègent les entreprises contre les impayés clients. Les banques, de leur côté, demandent souvent des garanties (hypothèque, caution) pour sécuriser un prêt.

Couvertures financières

Les CDS (Credit Default Swaps) permettent d’assurer un prêt ou une obligation. Si l’émetteur fait défaut, le vendeur du CDS rembourse l’investisseur.

Surveillance et notation continue

Les institutions financières mettent en place des systèmes d’alerte, et réévaluent régulièrement la qualité de crédit de leurs portefeuilles.

Conclusion : Vers une meilleure gestion du risque de crédit

Dans un monde où l’incertitude économique est constante – tensions géopolitiques, inflation, dettes souveraines croissantes – le risque de crédit reste un enjeu majeur. Sa gestion est devenue plus fine grâce à des outils technologiques, des modèles d’IA et une régulation plus exigeante.

Pour les particuliers comme pour les professionnels, apprendre à comprendre et mesurer ce risque est un prérequis essentiel à toute stratégie d’investissement ou de financement. Le risque de crédit, s’il est ignoré, peut coûter cher. Mais bien appréhendé, il devient un levier d’opportunités : repérer les emprunteurs solides, tirer parti des primes de risque plus élevées, ou bâtir des stratégies défensives en période de turbulence.

En résumé :
Le risque crédit est un élément incontournable de la finance moderne. Savoir le mesurer, s’en prémunir et en tirer parti, c’est investir avec lucidité.

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