Quel placement pour se protéger de l’inflation ?
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Face au retour de l’inflation, nombreux sont les épargnants à s’interroger sur la meilleure façon de faire fructifier leur argent sans le voir grignoté par la hausse des prix. Découvrez nos conseils pratiques pour choisir un placement inflation-résistant et sécuriser votre épargne.
L’inflation revient : un défi majeur pour votre épargne
Après des années de faible inflation, les Français sont de nouveau confrontés à une hausse marquée des prix. Depuis 2021, l’inflation dépasse régulièrement les 4 à 5 %, un niveau inédit depuis les années 80. Selon l’INSEE, l'inflation annuelle a atteint 4,9 % en 2023, et même plus de 6 % sur certains produits alimentaires ou énergies.
Problème : la plupart des placements traditionnels ne sont pas conçus pour résister à cette érosion du pouvoir d’achat. Livrets réglementés, fonds en euros ou comptes à terme offrent souvent des rendements inférieurs à l’inflation. Résultat : même si votre épargne reste stable en apparence, elle perd de la valeur en termes réels.
Dans ce contexte, la question devient cruciale : quel placement choisir pour se protéger de l’inflation ? Quelles sont les alternatives pour conserver, voire augmenter, la valeur de son patrimoine ? C’est ce que nous allons explorer dans cet article.
Les placements qui souffrent le plus de l’inflation
Avant de chercher des solutions, il est utile de savoir où ne pas investir quand l’inflation est forte. Certains produits d’épargne sont particulièrement sensibles à la hausse des prix :
- Les livrets bancaires classiques (Livret A, LDDS, etc.) : leur taux est régulièrement révisé, mais rarement supérieur à l’inflation. Par exemple, début 2025, le taux du Livret A est fixé à 3 %, bien en deçà de l’inflation réelle.
- Les fonds en euros des assurances-vie : réputés pour leur sécurité, ils offrent aujourd’hui un rendement moyen de 2,5 à 3 % brut, insuffisant pour protéger votre capital de l’érosion monétaire.
- Le cash non investi : garder de l’argent sur un compte courant n’est pas neutre. En période d’inflation à 5 %, 1000 € aujourd’hui vaudront 950 € en pouvoir d’achat dans un an, sans que vous ne dépensiez un centime.
En résumé, les placements peu rémunérateurs, certes rassurants, deviennent des passifs silencieux en temps d’inflation. D’où la nécessité de réorienter son épargne vers des actifs plus dynamiques ou indexés.
Les obligations indexées sur l’inflation : un rempart méconnu
Il existe une catégorie de placements spécifiquement conçue pour résister à l’inflation : les obligations indexées.
Ces titres de créance versent un intérêt ajusté en fonction de l’évolution des prix. L'exemple le plus connu en France est l’OATi (Obligation Assimilable du Trésor indexée sur l’inflation), émise par l’État. Si l’inflation grimpe à 4 %, le rendement de l’obligation est automatiquement revalorisé pour suivre ce niveau.
Avantages :
- Protection directe contre la hausse des prix
- Risque de crédit faible si émis par un État comme la France ou l’Allemagne
- Disponibles via certains fonds obligataires ou en assurance-vie (unités de compte)
Inconvénients :
- Peu accessibles en direct pour les particuliers
- Rendement de base parfois faible (ex : 0,1 % + inflation)
Exemple : un fonds obligataire comme Amundi Euro Inflation ou AXA WF Euro Inflation Bonds permet de s’exposer à ces titres via un contrat d’assurance-vie.
Les obligations indexées sont donc un bon placement inflation, surtout pour les profils prudents à la recherche d’une sécurité améliorée.
Faut-il investir dans les matières premières ?
Quand les prix montent, les matières premières ont tendance à suivre, voire à devancer l’inflation. C’est logique : pétrole, métaux, blé ou gaz sont au cœur de la chaîne de production et de consommation. Ils deviennent alors un bon baromètre de la hausse des coûts.
Comment investir dans les matières premières ?
- Via des ETF : certains fonds répliquent la performance d’indices de matières premières comme le Bloomberg Commodity Index. Par exemple, Lyxor Commodities CRB ETF.
- Via des actions de sociétés minières ou pétrolières : investir dans TotalEnergies, Rio Tinto ou Anglo American permet d’être indirectement exposé aux matières premières.
- Via l’or : métal refuge par excellence, l’or est un actif apprécié en période d’incertitude. Il a progressé de +9 % en 2023, malgré des taux d’intérêt élevés.
Précautions à prendre :
- Volatilité importante
- Risque de retournement si la demande mondiale chute
- Nécessité de bien diversifier son exposition
L’investissement dans les matières premières peut donc jouer un rôle de couverture, mais il doit rester mesuré dans un portefeuille équilibré.
Les actions : des alliées face à l’inflation ?
Contrairement aux idées reçues, les actions peuvent bien se comporter en période d’inflation, surtout certaines catégories d’entreprises. Pourquoi ? Parce que certaines sociétés peuvent répercuter la hausse des prix sur leurs clients et ainsi préserver leurs marges.
Les secteurs les plus résilients :
- Énergie et matières premières : ces entreprises profitent directement de la hausse des coûts (TotalEnergies, ArcelorMittal…)
- Consommation de base : les géants comme Nestlé ou Procter & Gamble ajustent facilement leurs prix.
- Immobilier coté (foncières) : les loyers sont souvent indexés sur l’inflation, ce qui protège les revenus locatifs.
- Technologie : certaines entreprises à forte croissance maintiennent leur attractivité même avec une inflation modérée.
Exemple chiffré :
L’indice MSCI World Value, qui regroupe des entreprises solides et peu endettées, a mieux résisté à l’inflation de 2022-2023 que les indices de croissance comme le Nasdaq. Il a affiché une performance de +6,4 % en 2023, contre +3 % pour le S&P 500.
Comment investir ?
- Via un PEA ou un compte-titres
- En sélectionnant des ETF sectoriels ou régionaux
- En misant sur des fonds actions "inflation-friendly", comme Carmignac Investissement ou DNCA Value Europe
Les actions restent donc un placement inflation pertinent, surtout à moyen ou long terme, à condition d’accepter une certaine volatilité.
Diversifier : la clé pour limiter les effets de l’inflation
Plutôt que de chercher le placement miracle, la meilleure stratégie pour contrer l’inflation est souvent la diversification intelligente. En combinant plusieurs classes d’actifs, on limite les risques et on maximise les chances de surperformer l’inflation.
Une répartition type "anti-inflation" pourrait être :
- 20 % en obligations indexées sur l’inflation
- 30 % en actions défensives (énergie, consommation, santé)
- 10 % en or ou matières premières
- 20 % en immobilier (SCPI ou foncières cotées)
- 20 % en liquidités à rendement garanti (livret A, LEP, etc.) pour garder de la flexibilité
Cette approche permet de combiner résilience, rendement et protection contre la hausse des prix. Vous pouvez aussi l’adapter selon votre horizon de placement et votre appétence au risque.
Conclusion : l’inflation, contrainte ou opportunité ?
L’inflation n’est pas une fatalité pour votre épargne. Bien sûr, elle représente un défi réel pour les épargnants traditionnels, surtout ceux qui laissent dormir leur argent sur des supports peu rémunérateurs. Mais c’est aussi une opportunité pour repenser sa stratégie de placement, dynamiser son portefeuille et apprendre à investir plus efficacement.
En choisissant les bons placements inflation – obligations indexées, matières premières, actions résilientes – et en diversifiant judicieusement, vous pouvez non seulement préserver votre pouvoir d’achat, mais aussi faire fructifier votre patrimoine même en période de turbulences.
L’avenir réserve encore des incertitudes, notamment sur l’évolution des taux d’intérêt ou des tensions géopolitiques. Mais dans ce contexte, les investisseurs avisés peuvent tirer leur épingle du jeu – à condition de rester curieux, informés et prêts à ajuster leurs choix.